TOUS LES THEMES DE L'EAF 2009

TOUS LES THEMES DE L'EAF 2009

TOUS LES THEMES DE L'EAF 2009

leSUJETS ES
EAF 2009

SÉRIE L

Objet d'étude:

le théâtre, le texte et la représentation.
Corpus:

Texte A – Jean ROTROU,
Le vrai Saint Genest
(1647), Acte II, scène 4.
Texte B – MOLIERE, L'impromptu de Versailles (1662), Acte I
Scène 1 (fin).
Texte C – Jean ANOUILH, Répétition ou amour puni (1950), Acte I
(extrait).
Texte D – Jean-Paul SARTRE, Kean (1954), acte IV, cinquième
tableau, scène 2 (fin), adaptation de la pièce d'Alexandre Dumas.

TEXTE A – Jean Rotrou, Le vrai Saint Genest.

(Genest est un acteur de paen, il doit jouer un drame retraçant le martyre de Christian Adrien, devant
l'empereur romain Dioclétien, qui persécute les chrétiens. Genest va s'identifier
lors de cette scène son personnage, Adrien.)

GENEST, seul, repassant
son rôle et marcher.

Adrien aurait honte d'être vaincu

Si ton dieu veut ta mort, elle est déjà trop vécue;
J'ai vu (ciel, tu sais, par le nombre de mes
Que j’ai osé vous envoyer, au moyen de flammes)
Sur les grillades et dans les taureaux1,
Chantez les condamnés et secouez les bourreaux.

Il répète ces quatre versets.

J'ai vu (ciel, tu sais, par le nombre de mes
Que j’ai osé vous envoyer, au moyen de flammes)
Sur les grillades et les taureaux,
Chantez les condamnés et secouez les bourreaux.

Et puis, faisant un petit rêve et ne regardant plus son rôle, il dit:

Dieux, prends contre moi ma défense et la tienne;

En effet, comme dans le nom, je me trouve un autre;
Je prétends moins Adrien, que je deviens,
Et prenez avec son nom les sentiments chrétiens;
Je ne sais (le prouver) que par une longue étude2,

L'art de la transformation nous transforme en habitude;
Mais il semble qu'ici, vrits non vernis,
dépenser3et l'habitude et la force de l'art,
Et que le Christ m'offre la gloire éternelle,
Contre qui ma défense est vaine et criminelle;
Mes suspects sont vos noms de dieux et d'immortels;
Je répugne au respect que vous portez à vos autels;
Mon esprit tes lois secrètement rebelles,
En conoit un mépris qui fait mourir son zèle
Et en tant que profane, enfin sanctifié,
Semble se déclarer pour une crucifi;
Mais où va mon esprit et par quel privilège
Presque imperceptiblement, passez4Je au sacrilège,
Et du pouvoir des dieux, est-ce que je perds la mémoire?
C'est une question d'imitation et non de devenir.

1. Il est arrivé que les chrétiens fussent martyrisés en les faisant brûler avec des taureaux de bronze. Toutes ces références font référence aux pratiques de torture qui leur ont été infligées.

2. Étude: masculin au 17ème siècle.
3. Passe: dépasse.
4
Je passe: inversion de je passe.

TEXTE B – Molire, L'impromptu de Versailles.

(Dans cet ouvrage, Molire se met en scène, distribuant aux acteurs de sa troupe les rôles d'un petit morceau rapidement conçu, qui garde un caractère d'improvisation du titre d'impromptu.)

MOLIRE.- Pour vous, mademoiselle …

MADEMOISELLE DU PARC.- Mon Dieu, pour moi, je ferai très mal de mon caractère, et je ne sais pas pourquoi tu m'as donné ce rôle à fawire1.
MOLIRE.- Mon Dieu, mademoiselle, comme vous dites quand vous l'êtes
a donné le de Critique de l'école des femmes ; mais vous le connaissez bien, et tout le monde convient que vous ne pouvez pas faire mieux que vous ne l’avez fait, croyez-moi, celui-ci sera le même et vous le jouerez mieux que vous ne le pensez.
MADEMOISELLE DU PARC.- Comment cela se pourrait-il, car il n'y a pas
personne dans le monde qui est moins préféré que moi.
MOLIRE.- C’est vrai, et c’est ce qui vous incite à mieux vous rendre compte que vous êtes une excellente actrice, pour représenter un personnage si contraire à votre humeur.2alors essayez de prendre tout le caractère de vos rôles, et de vous représenter
que vous êtes ce que vous représentez.
(A du Croisy.) Vous faites l'ami, vous, et vous devez vous remplir de ce personnage, marquez ce pdant d'air qui est conservé parmi les métiers3 du beau monde, ce ton de voix sentencieuse, et cette précision de prononciation qui repose sur toutes les syllabes, et ne laisse aucune lettre de l'orthographe la plus grave.
( Brcourt.) Pour vous, vous faites un homme de cour honnête, comme vous l'avez déjà fait dans
Critique de l'école des femmesc'est-à-dire que vous devez prendre un air, un ton de voix naturel, et gesticuler le moins que vous puissiez.
(À la grange.) Pour toi je n'ai rien à te dire.
( Miss Bjart.) Vous représentez l’une de ces femmes qui, à condition
qu'ils ne font pas l'amour4, crois que tout leur appartient
autorisés, de ces femmes qui sont toujours enracinées dans leur
pruderie5, regarde en haut, et veux tout
les meilleures qualités que les autres ont ne sont rien en comparaison
d'un honneur misérable dont personne ne se soucie, a toujours cette
personnage devant les yeux, bien faire les grimaces6.
( Mademoiselle de Brie.) Pour vous, vous êtes l’une de ces femmes qui se croient les plus vertueuses du monde, à condition qu’elles sauvent les apparences, de celles qui croient que le péché n’est que dans le scandale, qui veulent diriger avoir sur le pied de l'attachement honnête, et appeler des amis ce que d'autres appellent galant7, entrez bien dans cette
personnage.
( Miss Molire.) Vous faites le même personnage que dans
Critiqueet je n'ai rien à vous dire non plus, mademoiselle du Parc.
( Mademoiselle du Croisy.) Pour vous, vous représentez l’une de ces personnes qui prêtent gentiment à la charité8 tout le monde, de ces femmes qui donnent
toujours un peu lécher en passant, et serait bien d'avoir souffert qu'on dit bien du voisin; Je crois que vous ne remplirez pas bien ce rôle.
( Mlle Herv.)
Et pour toi, tu es la demoiselle de la précieuse, qui prend du temps
en conversation, et attrape comme elle peut tous les termes de sa maîtresse; Je vous raconte tous vos personnages, afin que vous les imprimiez avec force dans votre esprit. Maintenant, commençons à répéter et voyons comment cela se passera. Ah! voici juste un chahut, nous avions seulement besoin de cela.

1. personne à faire: qui fait les choses, qui manque de simplicité.

2. humeur: caractère naturel.

3. Commerce: la présence.

4. Faites l'amour: pour les femmes, laissez-vous courtiser.
5. Prudence: manifestation au-delà de la modestie, gardienne de tout ce qui touche aux sentiments, à l'amour, à la sexualité.

6. faire bonne figure: bien jouer ce personnage.
7. galant: ceux qui cherchent à plaire aux femmes et à leur faire l'amour.

8. organismes de bienfaisance: des bénéfices inspirés par l'amour du prochain.

TEXTE C – Jean Anouilh, Répétition ou amour puni.

(Les personnages répètent une représentation privée de Le double
Inconstancede Marivaux, dont les répliques sont écrites entre
guillemets. Le comte agit en tant que directeur.)

HORTENSIA
Que voulez-vous, ces gens pensent à leur manière et souhaitent que le prince soit heureux.

LE DÉCOMPTE
Eh bien, Hortensia
Lucile
Mais ce prince, que prend-il une fille qui lui rend de bonne volonté? Quel fantasme de vouloir celui qui ne le veut pas. Quel goût trouve-t-il?

La comtesse au comte que Lucile regardait en jouant.
Dis-lui que le prince n'est pas sur scène, Tiger1. C'est Hortensia que vous devez surveiller.
Lucile
Parce que c’est un abus que tout ce qu’il fait: tous ces
concerts, ces comédies, ces grands repas qui ressemblent à des mariages, ces bijoux qu’il m’envoie. Tout cela lui donne une somme infinie. C'est un abîme, il est en ruine. Demande-moi ce qu'il gagne. Quand il m'a donné toute la boutique d'un mercer, cela ne me ferait pas autant de plaisir qu'un petit peloton2 qu'Arlequin m'a donné.
HORTENSIA
Je n'en doute pas. C'est ce que l'amour est. j'ai
comme. Et je me reconnais dans le peloton.
(Au comte.) Est-elle sincère en disant cela? J'ai l'impression de parler
faux. A-t-elle vraiment aimé? At-elle un jour préféré une petite section de
laine tous les bijoux du prince?
LE DÉCOMPTE
Et toi ma chère
Hortensia?
HORTENSIA
Tiger, ce n'est pas à propos de moi. Si c'est un jeu
que vous jouiez, ce n’est pas drôle! Vous venez de dire que nous n'étions pas nous …

LE DÉCOMPTE
Pardon. Quand j'ai distribué le morceau, je savais très bien ce que je faisais. Vous avez parfaitement dit votre réponse.

HORTENSIA
Je l'ai donné sincère.

LE DÉCOMPTE
Et puisque vous n’avez jamais préféré un seul peloton de
laine ton plaisir, en le donnant sincèrement tu as regardé abominablement mal3. C'était parfait. C'est ce que je voulais. Continuer.

1.Tiger: La comtesse appelle également le comte.

2. peloton: petite pelote de laine.

3. Donc, selon le comte, conformément au personnage qui joue Hortensia.

TEXTE D – Jean-Paul Sartre, Kean.

(Dans sa première version, cet ouvrage était un sous-titre d'ordre et de génie.
À Londres, Kean, célèbre acteur, joue Othello, de Shakespeare.
Othello, jaloux, tue sa femme; Desdmone, dans la sensuelle
avec un oreiller. Dans la salle se trouve Elna, l'épouse du comte, ambassadrice du Danemark, et Kean en est amoureuse, mais il pense qu'elle est convoitée par le prince de Galles, assis à côté d'elle. Soudain Kean, depuis la scène, s’adresse à eux.)

KEAN. (…) (Se tourner vers Elna).
Madame, pourquoi ne jouez-vous pas à Desdmone? Je vais vous tranglais si bien? (soulevant l'oreiller sur sa têteMesdames et Messieurs, l'arme du crime. Regarde ce que je fais (Il le jette devant la scène, juste aux pieds d’Elna..)
Au plus beau. Cet oreiller est mon coeur; mon coeur de leche tout blanc: de sorte qu'elle se met sur ses petits pieds. (Anna.) Va chercher Cassio, ton amant: il peut maintenant te câliner sous mes yeux1. (Frapper la poitrineCet homme n'est pas dangereux. Il est faux qu'Othello ait été pris pour un grand cocu royal. Je suis un co … un … un … co …
bande dessinée. (Rire. Au prince de galles.) Eh bien, mon Seigneur, je vous l'ai dit: pour un
une fois qu'il prend une vraie colère, c'est l'emboutage2.
(Les sifflets redoublent: un Kean bas! A bas l'acteur! Il fait un pas vers le public et le regarde. Les sifflets s'arrêtent.)
Tous, alors? Tous contre moi? Quel honneur! Mais pourquoi ? Mesdames et messieurs, si vous me permettez une question. Qu'est-ce
Qu'est ce que je t'ai fait? Je vous connais tous mais c'est la première fois
Je te vois ces bouches d'assassins. Est-ce que ce sont vos vrais visages? Tu es venu ici tous les soirs et tu jettes des bouquets sur la scène en criant bravo. J'ai fini par croire que tu m'aimais … Mais dis-le, mais dis: qui applaudissais-tu? Hein? Othello? Impossible: c'est un fou sanguinaire. Donc ça doit être Kean. Notre grand Kean, notre cher Kean, notre Kean national. Eh bien la voici, votre Kean! (Il sort un mouchoir de sa poche et se frotte le visage. Des traces éclatantes apparaissentOui, c’est l’homme. Regarde le. Vous n'applaudissez pas? (des sifflets.) C’est curieux, tout de même: on aime seulement ce qui ne va pas.
LORD MEWILL,
de sa loge.
Cabotin!

KEAN.
Qui parle? Hey! Mais c’est Mewill3 (Il s'approche de la loge.) J'ai
flanque tout le temps parce que les princes m'intimident, mais je te dis
veillez à ce que les punaises ne m'intimident pas. Si vous ne fermez pas votre grand
la bouche, je te prends entre deux clous et je te fais craquer. Comme un. (il
faire le geste. Le public est silencieux
Mesdames, bonsoir. Romo, Lear et
Macbeth4 souvenez-vous de votre bon souvenir: je vais les rejoindre et
Je vais leur dire beaucoup de choses de votre part. Je retourne à l'imagination
o m'attendent, mes beaux colras. Ce soir, mesdames et messieurs, je
sera Othello, à la maison, bureaux fermés5et je vais tuer pour de bon.
Bien sûr, si tu m'avais aimé … Mais ne demande pas trop,
n'est-ce pas ? Au fait, je me suis trompé tout le temps pour vous parler de
Kean. Kean est mort jeune. (des rires.) Tais-toi alors,
assassins, c'est vous qui l'avez! C'est toi qui a pris un enfant
en faire un monstre6 ! (Le silence effraie le public.) Ici!
C'est parfait: calme, un silence de mort. Pourquoi voudriez-vous siffler? il
il n'y a personne sur scène. Personne. Ou peut-être un acteur jouant
Kean dans le rôle d'Othello. Ici, je vais faire un aveu: je n’existe pas
pas vraiment, je fais semblant. Pour vous faire plaisir, messieurs, mesdames,
s'il vous plait. Et moi… (Il frappe et puis, d'un geste, à quoi bon!
.) … c'est tout.
Il s'en va, pas lentement, en silence; sur scène tout
les personnages sont stupéfaits. Salomon7 sort de son trou, fait un
geste désolé pour le public et hurle dans les coulisses:

SALOMON.
Rideau! voir!
Rideau!
Un mécanicien.
Je suis allé chercher le médecin de garde.

SALOMON.
Laisse tomber le rideau, je te dis … (Il marche vers le public.)
Mesdames et messieurs … la représentation ne peut pas continuer. Le soleil
d'Angleterre a été filmé: le célèbre, le célèbre, le sublime Kean
vient d'être frappé par la folie.
Bruit dans le public. Le décompte
réveillé en sursaut, se frotte les yeux.

LE DÉCOMPTE.
C'est fini? Bien,
Monseigneur, comment trouvez-vous Kean?
LE PRINCE, le ton que nous prenons
flirter un joueur dans son jeu.
Il était simplement admirable.

1. Anna joue à Desdmone. Cassio est, dans la chambre de Shakespeare, celui qu'Othello pense être son amant; De même, Kean soupçonne le prince et Elna.

2
Mode de réalisation: action de siffler un acteur, une pièce.
3. Mewill: un aristocrate, convoitant la partenaire de Kean, humilié par Kean, mais qui, au nom de son rang, avait refusé de se battre avec un acteur.
4. Ce sont des personnages du théâtre du destin de Shakespeare: Romo, un grand amoureux; Le roi Lear, d'un côté, et Macbeth, l'usurpateur souverain, de l'autre, sont tous deux en proie à la violence de leurs tourments.

5. bureaux fermés: donc, sans public.
6. Enfant, Kean était une banque de rue.

7. Salomon est à la fois le serviteur, le confident et le souffleur de Kean.

CRITURE:

I – Vous allez d'abord répondre à la question
suivants (4 points):

Quelle question essentielle ces
les textes posent-ils sur les acteurs & # 39; jouer?

II – Vous traiterez ensuite, à votre choix, un
sujets suivants (16 points):

  • Commentaire
    Vous commenterez
    le texte de Sartre (texte D), à partir de la didascalie qui s'ouvre par
    sifflets redoublent ().
  • Thèse
    Nous employons
    parfois l'expression crée un personnage sur un acteur qui endosse
    le rôle pour la première fois. Selon vous, peut-on dire que c'est l'acteur
    qui crée le personnage?
    Vous allez répondre en vous référant au
    textes du corpus, les œuvres que vous avez vues ou lues, ainsi que celles
    étudié en classe.
  • Invention
    Salomon a rejoint
    son maître à la maison. Il essaie de le persuader de ne pas abandonner
    acteur de théâtre. Vous écrirez leur conversation comme un dialogue
    thtral, y compris didascalia. La jalousie de Kean ne sera pas le thème
    essentiel de leur échange.




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SÉRIES
ES / S

Objet d'étude:

le théâtre, le texte et la représentation.
Corpus:

Texte A – MOLIERE, le
Critiques à propos de l'école des femmes
(1663), scène 5
Texte B – Edmond ROSTAND, Cyrano de Bergerac (1897), acte I,
Scène 3
Texte C – Paul CLAUDEL, La chaussure de satin (1929), premier
jour, étape 1
Texte D – Jean ANOUILH, Antigone (1944), Prologue.

TEXTE A – Molire, La critique de l'école des femmes.

(Critique de l'école des femmes met en scène un débat entre personnages adversaires et partisans de la salle Ecole des femmes,
quatre jours après la première représentation. Lorsque Dorante entre en scène, la discussion est en cours.)

SCNE V
DORANTE, LE MARQUIS, CLIMNE, LISE, URANIA.

DORANTE

Ne bougez pas, merci, et n'interrompez pas votre discours. Vous êtes ici sur un sujet qui, depuis quatre jours, fait presque parler de toutes les maisons de Paris, et rien n’a jamais été vu aussi agréable que la diversité des jugements qui y sont faits. Parce que finalement je condamne cette comédie certaines personnes, par le
mêmes choses que j’ai vu d’autres valoriser le plus.

URANIE

Voici le marquis qui dit mal.
MARQUIS

C'est vrai, je le trouve indiscutable. morbleu! détestable du dernier acte criminel; ce qu'on appelle indiscutable.

DORANTE
Et moi, mon cher marquis, je trouve le jugement indiscutable.

MARQUIS
Quoi! Chevalier, avez-vous l'intention de soutenir cette pièce?

DORANTE
Oui, je suis prêt à la soutenir.
MARQUIS
Parbleu! Je vous le garantis indiscutable.
DORANTE
Le dépôt n'est pas bourgeois1. Mais, marquis, pourquoi cette comédie est-elle ce que vous dites?

MARQUIS
Pourquoi est-elle indestructible?
DORANTE
Oui.

MARQUIS
C'est indiscutable, parce que c'est indiscutable.
DORANTE
Après cela, il n'y a plus rien à dire: c'est son procès. Mais continuez à nous instruire et à nous dire les défauts qui sont là.

MARQUIS
Qu'est ce que je sais? Je n'ai pas pris la peine de l'écouter. Mais finalement je sais que je n'ai jamais
rien vu si méchant2Dieu me maudit; et Dorilas, contre qui3 J'étais, à mon avis.

DORANTE

L'autorité est belle et vous êtes bien soutenu.

MARQUIS
Nous ne devons voir que le rire continu que le
par terre4 Je ne veux rien montrer d’autre part que cela ne vaut rien.

DORANTE
Tu es donc, marquis, ces messieurs du bel air5, qui ne le fait pas
ne veut pas que le parterre ait du bon sens, et ce serait fchs
avoir ri avec lui, de la meilleure chose au monde? Je m'habite
journée au théâtre6 un de nos amis, qui s'est ridiculisé par l. il
coûte la pièce entière avec un sérieux le plus sombre du monde; et tout ce qui gayise les autres a hérissé son front. À tous les éclats de rire, il leva les épaules et regarda la fosse avec pitié; et quelquefois, le regardant trompeusement, il lui dit à haute voix: "Alors, alors, parterre, ris! C'était une seconde comédie, ce chagrin7 de notre ami. Il lui a donné comme un homme galant tous les assembler8et tout le monde a convenu que vous ne pouviez pas jouer mieux que lui. Apprenez, Marquis, je vous prie, ainsi qu'aux autres également, que le bon sens n'a pas sa place dans le jeu; que la différence du demi-louis d’or et de la chambre de quinze sols9 ne faites rien du tout au bon goût; que, debout et assis, on peut porter un mauvais jugement; et que finalement, pour le prendre en général, je préférerais faire confiance à l’approbation de la fosse, car parmi ceux qui la composent, il y en a
beaucoup qui sont capables de juger une pièce selon les règles, et que d’autres jugent par la bonne façon de juger, c’est-à-dire se laisser prendre aux choses, et ne pas avoir de prévention aveugle, ni de complaisance ni de délicatesse ridicule.

MARQUIS
Es-tu là, Chevalier, le défenseur de la fosse? Parbleu! Je suis ravi et je ne manquerai pas de l'informer que vous êtes ses amis. Hai! hai! hai! ! hai! hai! hai!
DORANTE
Ris pendant que tu veux. Je suis de bon sens, et ne peux pas souffrir des balles de cervelle de notre marquis de Mascarilledix.
J'en ai assez de voir ces gens qui se rendent ridicules, malgré leurs
qualité; de ceux qui décident toujours et parlent hardiment de tous
les choses, sans le savoir; qui dans une comédie va écrire aux méchants
endroits, et ne sera pas secouer ceux qui sont bons; qui voit un tableau,
ou écouter un concert de musique, blâmer le même et tout louer
contre-sens, prendre o où ils peuvent termes de l'art qu'ils
attraper, et ne jamais manquer de les estropier, et les mettre hors de
carré. Hé morbleu! Messieurs, tais-toi, quand Dieu ne t'a pas donné
la connaissance d'une chose; ne venez pas rire ceux qui vous
écoutez et pensez qu'en ne disant pas un mot, vous allez peut-être croire que vous êtes un bon peuple.

1. Remarque moqueuse: une garantie était dite bourgeoise lorsqu'elle était fournie par une personne solvable. Le marquis est un aristocrate.

2. méchant: mauvais, sans valeur.

3. contre qui: qui.

4. le public: les spectateurs, qui n'appartenaient pas à l'aristocratie, se tenaient là.

5. le bel air: les beaux chemins, ceux des gens de qualité. Expression qui, après avoir été à la mode, était souvent utilisée avec ironie.

6. Certains spectateurs, appartenant à l'aristocratie, étaient assis sur des chaises de chaque côté de la scène.

7. chagrin: mauvaise humeur.

8. Note moqueuse: un homme de bonne compagnie, puisqu'il s'offre au spectacle public.
9. Il s'agit du prix payé par les spectateurs assis dans les sièges du théâtre et par ceux qui sont debout.
10. Mascarille: ce valet, dans
Le plus ridiculele marquis éclata de rire, ainsi ridiculisé par Molire.

TEXTE
B – Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac.

(Le premier acte s'intitule: Une représentation
l'Hôtel de Bourgogne. La didascalie initiale indique: en 1640.)

(…)

LA CHAMBRE

Début!
UN BOURGEOIS, dont la perruque s'envole au bout d'une ficelle, pêchée par une page de la galerie supérieure.
Ma perruque!
À VOTRE SANTÉ
Il est chauve! …

Bravo les pages! … Ha! Ha! Ha! …

LE BOURGEOIS, furieux, montrant son poing.
Petit coquin!

RIRE ET CRIS, qui commencent très fort et vont décroissant.
Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha! (Silence total)

LE BRET, étonné.
Ce silence soudain? …
Un spectateur lui parle
.
Ah?
Le spectateur
La chose vient d'être certifiée.

QU'EST-CE QUE, qui courent.
Silence! – Il semble? … – Non! – Oui ! – Dans la grille de la loge.
– Cardinal! – Cardinal? – cardinal1 !
UNE PAGE
Ah! diable, nous
ne sera pas capable de se tenir mal!
Nous avons frappé sur la scène. Tout le monde s'arrête. Attendre
.

LA VOIX D'UN MARQUIS, en silence, derrière le rideau.2
Voler cette bougie3
!
UN AUTRE MARQUIS, passer la tête à travers la fente du rideau.

Une chaise !
Une chaise passe de main en main sur la tête. Le marquis le prend
et disparaît, non sans envoyer quelques baisers aux boîtes.

UNE
SPECTATEUR
Silence!
Nous avons refait les trois coups. Le rideau s'ouvre.
Planche. Marquis assis sur les côtés, dans des poses insolentes. Toile
fond représentant un décor pastoral bleu. Quatre petits lustres
de cristalliser la scène. Les violons jouent doucement.

LE BRET, Ragueneau, faible.
Montfleury4 entrer dans la scène?

RAGUENEAU aussi faible.
Oui, c’est lui qui commence.
La bret
Cyrano n'est pas là.

RAGUENEAU
J'ai perdu mon pari5.
La bret
Bien! Tout le meilleur!
On peut entendre un air de musette, et Montfleury apparaît dans la scène, un étendard, déguisé en berger pastoral, un chapeau garni de roses penchées sur l’oreille et soufflant dans une cornemuse qui s’enroule autour de lui.

LE PLANCHER, applaudir.
Félicitations, Montfleury! Montfleury!

1. Le cardinal Richelieu, qui assistait parfois aux spectacles et qui faisait régner son autorité sur les lettres et les arts.

2. Des spectateurs appartenant à l'aristocratie se sont assis sur des bancs et des chaises de chaque côté de la scène.

3. Aux chandelles, ils devaient être teints et remplacés fréquemment.
4.Montfleury. cet acteur a réellement existé, jouant notamment dans l'hôtel de Bourgogne, puis dans la troupe de Molire.

5. Ragueneau parie que Cyrano, qui avait interdit à Montfleury de se produire pendant un mois, viendrait le chasser de la scène. Et, en fait, Cyrano fera bientôt son entrée.

TEXTE C – Paul Claudel, La chaussure de satin.

premier
JOURNE

(…)

Bref coup de trompette.

La scène de ce drame est le monde et plus particulièrement l'Espagne la fin du XVI, moins que le début du XVIIe siècle. L'auteur s'est permis de compresser les pays et les époques, tout comme la distance souhaitée de plusieurs lignes de montagnes séparées ne représente qu'un seul horizon.

Une autre petite trompette.
Long coup de sifflet quant au
manœuvrer un bateau.
Le rideau se lève
.

SCNE PREMIRE
L'annoncier1, le père jésuite.

L'ANNONCE – Corrigeons, je vous en prie, mes frères, les yeux sur ce point de l'océan Atlantique situé à quelques degrés sous la ligne2 distance gay des vieux et nouveaux continents. Nous avons ici une représentation parfaite de l’épave d’un navire noyé flottant dans les courants. Toutes les grandes constellations de
les deux hémisphères, la Grande Ourse, la Petite Ourse, Cassiope,
Orion, la Croix du Sud, sont suspendus en bon ordre comme normes
girandoles3 et comme des tenues gigantesques4 autour du ciel. je pouvais
touche-les avec ma canne. Autour du ciel Et voici un peintre qui
voudrait représenter le travail des pirates de l'anglais probablement sur ce
pauvre bâtiment espagnol aurait précisément eu l’idée de ce mont, avec sa
verges et ses agrs5, est tombé tout au long du pont, ces canons à tambour,
de ces piquets6 ouverts, ces grandes taches de sang et ces
des cadavres partout, en particulier de ce groupe de religieuses écrasées
de l'autre. Au bord du grand mt est attaché un pré-jésuite, comme vous
Voir, extrêmement grand et maigre. La soutane déchirée montre l'épaule nue. Il parle ici comme suit: Seigneur, je te remercie de m'avoir attaché ainsi … Mais c'est lui qui parlera. écoute bien, ne tousse pas et essaie de comprendre un peu. C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est la plus belle, qui est la plus longue et la plus intéressante, et c’est ce que vous ne trouverez pas de plaisir, c’est le plus drôle.

(Quitter l'annonceur.)

1. Annonceur: avant que le rideau ne tombe, ce personnage, une main en papier, a annoncé le titre de la pièce, The Satin Shoe ou The Worse n’est pas toujours certain, Action espagnole dans quatre jours.

2
la ligne: l'équateur.
3. candélabre a ici le sens de guirlande lumineuse.

4. panoplie: l'origine, l'armure complète d'un chevalier, regroupant ici des objets de décoration.

5. Les chantiers servent à transporter la voile; les apprs désignent tout ce qui concerne la structure d'un navire.

6. Cutters: ouvertures pratiques dans le pont d’un navire pour accéder au ponton
cales.

TEXTE D – Jean Anouilh,
Antigone.

Un décor
neutre. Trois portes similaires. À la fin du rideau, tous les personnages sont
sur scène. Lily discuter, tricoter, jouer aux cartes. Le prologue est éteint
et avance.

LE PROLOGUE1

Voil. Ces personnages vous joueront l'histoire d'Antigone. Antigone est le petit maigre qui est assis là et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout le temps, qu'elle va soudainement jaillir de la fille maigre aux cheveux noirs et que personne ne la prend au sérieux.
la famille et se tenir seul devant le monde, seul devant Cron, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aurait aussi aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et elle devra jouer son rôle jusqu'au bout … Et depuis que ce rideau s'est levé, elle se sent dériver à une vitesse vertigineuse
sur Ismne, qui discute et rigole avec un
jeune homme, qui sommes tous très calmes face à elle, de nous qui ne sommes pas morts ce soir. Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle et heureuse Ismne, c'est Hmon, le fils de Cron. Il est le fiancé d’Antigone. Tout le conduisit à Ismne: son goût pour la danse et les jeux, son goût pour le bonheur et le succès, sa sensualité aussi, car Ismne est beaucoup plus belle qu'Antigone, et puis
soir, une soirée de bal où il n’avait qu’avec Ismne, un soir o Ismne
avait été flambant dans sa nouvelle robe, il était en train de trouver Antigone qui
rêvé dans un coin, comme en ce moment, ses bras autour de ses genoux, et
il lui a demandé d'être sa femme. Personne n'a jamais compris pourquoi.
Antigone leva sans vergogne ses yeux sérieux sur lui et elle lui dit
oui avec un petit sourire triste … L'orchestre attaquait un
Nouvelle danse, Ismne se moquait des appartements, là, parmi les autres
Boy, et maintenant il allait être le mari d'Antigone. Il … pas
ne savait pas que le mari d'Antigone ne devrait jamais exister sur cette terre
et que ce titre princier ne lui donnait que le droit de mourir. Cet homme
Robuste, aux cheveux blancs, qui dit près de sa page, c’est Cron.
C'est le roi. Il a des rides. Il est fatigué. Il joue le jeu difficile de conduire des hommes. Avant, alors qu’il n’était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures et la longue sorcellerie à Thbes. petits magasins d'antiquités. Mais Dipe et ses fils sont morts. Il a laissé ses livres, ses affaires, il a retroussé ses manches et les a remplacées.

1. Dans la tragédie grecque, le prologue a précédé l'entrée de la chorale. Anouilh utilise de manière originale le mot pour désigner un personnage et la première partie de la pièce.

I- Après avoir lu tous les
textes du corpus, vous allez d’abord répondre à la question
suivants (4 points):

Quelles attitudes de spectateur ces
textes proposent-ils?
Vous allez réagir de manière organisée et synthétique.

II. Vous aurez alors affaire
l'un des sujets suivants (16 points):

  • Commentaire
    Vous commenterez le texte de Molire (texte A).
  • Thèse
    Dans quelle mesure le spectateur est-il impliqué dans la
    représentation théâtrale?
    Vous allez répondre en vous référant au
    corpus, les œuvres étudiées en classe et celles que vous avez vues ou
    lis.
  • Invention
    Dans Cyrano de Bergeracavant que le rideau ne se lève, "Tout le monde s'arrête et attend."
    Vous allez assister
    la représentation d'un morceau que vous connaissez. Les lumières
    sortir graduellement. Vous découvrirez ensuite l'espace scnique.
    Partagez vos réactions, cette expérience des premiers moments de la
    spectacle.
    Attention, il ne s’agit pas de
    dites le morceau ou résumez-le.




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SRIES TECHNOLOGIQUES

Objet d'étude: le théâtre, le texte et la représentation.
Corpus:
Texte A – Molire, George Dandin1668.
Texte B – Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le mariage de Figaro1784.
Texte C –

Alfred de Musset, Nous ne jouons pas avec l'amour, 1834.
Texte D – Jean Tardieu, La Comdie du langage1987.

TEXTE A – Molire, George Dandin ou Le mari confondu1668.

(George Dandin, riche paysan qui a pous la noble Anglique, parat seul sur scène.)

Acte I, Scène 1

George Dandin.

Ah! qu'une femme demoiselle1 est une trange affaire! et que mon mariage est une leon bien parlante tous les paysans qui veulent être levés au-dessus de leur condition, et c'est allier, comme je l'ai fait, la maison d'un gentilhomme! La noblesse, de soi2 , est bonne; c’est une chose envisrable, assurment: mais elle est
accompagne de tant de mauvaises circonstances, il est très bon de ne pas le faire
point frotter. Je suis devenu l-dessus savant mes dépends, et connais le
style des nobles, lorsqu’ils nous font, nous autres, entrez dans leur
famille L'alliance qui fait est petite avec nos personnes: c'est notre
bien seul qu’ils pousent; et j'aurais bien mieux fait, tout riche que je
vous êtes allié en bonne et franche paysannerie, que de prendre une femme qui se trouve au-dessus de moi, de m'offenser de mon nom, et de penser avec tout ce que je voulais bien Ai pas assez acheté la qualité de son mari. George Dandin! George Dandin! vous avez fait une idée, la plus grande du monde. Ma maison est effroyable maintenant, et je ne sais pas trouver quelque chose.

1. Femme demoiselle: jeune fille ou femme de parents nobles.
2. De soi: en soi, en elle-même. La noblesse en elle-même est bonne.

TEXTE B – Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, La Folle Journe
ou Le Mariage de Figaro1784.

(Le valet du comte Almaviva, Figaro, doit être Suzanne, servante de la comtesse. Il apprend que le comte n’a pas renoncé au droit de cuissage, l’ancien coutume le permet de passer la nuit avec la marie Figaro est en plis de fils et de Suzanne qui va, après lui, c’est au comte qui était un rendez-vous secret.)

Acte V, Scène III

Figaro, seul, se promenant dans l'obscurite, dit du ton le plus sombre.

O femme! femme! femme! crature faible et décevante! … nul animal cr ne peut manquer son instinct; le tien est-il donc de tromper? … Après m'avoir empêché
refus quand je suis pressé devant sa matresse1, l'instant où elle me donne sa parole, en milieu de femme crmonie2… Il riait en lisant3le perfide! et moi comme un courbé … non, Monsieur le comte, vous n'aurez pas besoin … vous n'aura pas besoin. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous croyez un grand génie! … noblesse, fortune, un rang, des lieux; tout cela rend si fier! Avez-vous fait tant de biens? Vous êtes à l'abri de la peine de mort, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire! tandis que moi, morbleu! perdu dans la foule obscure, il est un fallu déployeur plus de la science et des calculs pour subsister seulement, sur un mois depuis tous les Espagnes4;
et vous voulez jouter5… On vient … c'est elle … ce n'est pas une personne. le
night is black in diable, and me voil on the way of mari quoique
je ne le sois qu & # 39; moiti! (Il s’est assuré sur un banc.) Est-il rien de plus
bizarre que ma destine? (…)

1. Sa matresse: la comtesse.
2. La Crmonie: fete en l'honneur du mariage de Suzanne et Figaro.

3. II riait en lisant: Figaro pense que le message est un message de Suzanne.

4. Les Espagnes: dédiée à l'Espagne et aux territoires conquis depuis Christophe Colomb.

5. Jouter: se battre.

TEXTE C – Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, 1834.

(Perdican est amoureux de sa cousine Camille, il faut le supporter. Mais elle repousse son amour, elle était un jour à entrer au couvent. Les deux jeunes gens ont participé à une discussion animée. Seul sur scène, Perdican Interroger.)

Acte III, Scène 1
Devant le chteau.

Perdican

Je voudrais bien savoir si je suis amoureux. D'un ct,
cette manire d'interroger est tant soit peu cavalire1, pour une fille de
dix-huit ans ; d'un autre, les ides que ces nonnes2 lui ont fourres dans
la tte auront de la peine se corriger. De plus, elle doit partir
aujourd'hui. Diable, je l'aime, cela est sr. Aprs tout, qui sait ?
peut-tre elle rptait une leon, et d'ailleurs il est clair qu'elle ne se
soucie pas de moi. D'une autre part, elle a beau tre jolie, cela n'empche
pas qu'elle n'ait des manires beaucoup trop dcides et un ton trop
brusque. Je n'ai qu' n'y plus penser, il est clair que je ne l'aime pas.
Cela est certain qu'elle est jolie ; mais pourquoi cette conversation d'hier
ne veut-elle pas me sortir de la tte ? En vrit, j'ai pass la nuit
radoter. O vais-je donc ? Ah ! je vais au village.
Il sort.

1. Cavalire : ose, impertinente.

2. Nonnes : religieuses qui vivent dans un couvent. Ce sont elles qui ont assur l'ducation de Camille.

TEXTE D – Jean Tardieu, Il y avait foule au manoir , in La Comdie du langage, 1987.

(Un bal est donn au chteau du Baron de Z… Les invits viennent tour tour se prsenter sur scne. Le premier d'entre eux est Dubois-Dupont.)

Dubois-Dupont, il est vtu d'un plaid plerine1 et grands carreaux et coiff d'une
casquette assortie genre anglais . Il tient la main une branche d'arbre en fleur.

Je me prsente : je suis le dtective priv Dubois. Surnomm Dupont, cause de ma ressemblance avec le clbre policier anglais Smith. Voici ma carte : Dubois-Dupont,
homme de confiance et de mfiance. Trouve la cl des nigmes et des
coffres-forts. Brouille les mnages ou les raccommode, la demande. Prix
modrs.
Les raisons de ma prsence ici sont mystrieuses autant que…
mystrieuses… Mais vous les connatrez tout l'heure. Je n'en dis pas
plus. Je me tais. Motus. Qu'il me suffise de vous indiquer que nous nous
trouvons, par un beau soir de printemps (il montre la branche), dans le manoir2 du baron de Z… Zde comme Zbre,
comme Zphyr… (Il rit btement.) Mais chut ! Cela pourrait vous
mettre sur la voie.
Comme vous pouvez l'entendre, le baron et sa charmante
pouse donnent, ce soir, un bal somptueux. La fte bat son plein. Il y a
foule au manoir.

On entend soudain la valse qui recommence, accompagne de
rires, de vivats, du bruit des verres entrechoqus. Puis tout s'arrte brusquement
.

Vous avez entendu ? C'est prodigieux ! Le bruit du bal s'arrte net quand je
parle. Quand je me tais, il reprend.

Ds qu'il se tait, en effet, les bruits
de bal recommencent, puis s'arrtent.

Vous voyez ?…

Une bouffe de bruits de bal.
Vous entendez ?…

Bruits de bal.
Quand je me tais… (Bruits de bal)
… a recommence, quand je commence, cela se tait. C'est merveilleux ! Mais, assez caus ! Je suis l pour accomplir une mission prilleuse.
Quelqu'un sait qui je suis. Tous les autres ignorent mon identit. j'ai
tellement d'identits diffrentes ! C'est–dire que l'on me prend pour ce
que je ne suis pas.
Le crime car il y aura un crime n'est pas encore
consomm. Et pourtant, chose trange, moi le dtective, me voici dj sur
les lieux mmes o il doit tre perptr. Pourquoi ? Vous le saurez plus
tard.
Je vais disparatre un instant, pour me mler incognito3 la foule tincelante des invits. Que de pierreries ! Que de bougies ! Que de satins ! Que de chignons
! Mais on vient !… Chut !… Je m'clipse. Ni vu ni connu !

Il sort, par la droite, sur la pointe des pieds, un doigt sur les lvres.

1. Plaid plerine : ample manteau orn d'une cape.

2. Manoir : petit chteau la campagne.

3. Incognito : anonymement, en secret.

CRITURE :

I – Vous rpondrez d'abord aux questions
suivantes (6 points) :
1 – A qui s'adressent les personnages dans les diffrents monologues du corpus ? (3 points)
2 – A quoi servent, selon vous, les monologues proposs. ? (3 points)

II – Vous traiterez ensuite, au choix, l'un
des sujets suivants (14 points) :

  • Commentaire
    Vous commenterez le monologue de Dubois-Dupont, extrait de
    Il y avait foule au manoir de Jean Tardieu (texte D), en vous aidant du parcours de lecture suivant :

    – vous analyserez ce que cette prsentation a d'artificiel ;

    – vous tudierez les effets produits par ce monologue sur le spectateur.
  • Dissertation
    Le monologue, souvent utilis au thtre, parat peu naturel. En prenant appui sur les textes du corpus, sur diffrentes pices que vous avez pu lire ou voir et en vous rfrant divers lments propres au thtre (costumes, dcor, clairages, les gestes, la voix etc.), vous vous demanderez si le thtre est seulement un art de l'artifice et de l'illusion.
    Vous rpondrez en faisant rfrence aux
    textes du corpus, aux uvres que vous avez vues ou lues, ainsi qu' celles
            tudies en classe.
  • Invention
    À
    son tour, l'pouse de George Dandin parat seule sur la scne. Rdigez le
    monologue qu'elle prononce pour se prsenter et expliquer son point de vue
    sur son mariage et sur son mari.




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CENTRES ÉTRANGERS

SÉRIES GÉNÉRALES

Object
                d'étude : Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde.
Corpus :
Texte
A : Guy de Maupassant (1850-1893), Une Vie, chapitre XIV (1883).
Texte B : Emile Zola (1840-1902), Germinal, septime partie, chapitre VI (1885).
Texte C : Jean Giono (1895-1970), Regain, deuxime partie (1930).
Texte D : Andr Malraux (1901-1976), La Condition humaine, septime partie (1933).
Texte E : Albert Camus (1913-1960),
La Peste, cinquime partie, chapitre 5 (1947).

Texte A –  Guy de Maupassant (1850-1893), Une Vie, chapitre XIV (1883)

Rosalie rpondit : Eh bien, elle est morte, c'te nuit. Ils sont maris, v'I la petite. Et elle tendit l'enfant qu'on ne voyait point dans ses linges.
Jeanne la reut machinalement et elles sortirent de la gare, puis montrent dans la voiture.
Rosalie reprit : M. Paul viendra ds l'enterrement fini. Demain la mme heure, faut croire.
Jeanne murmura Paul… et n'ajouta rien.
Le soleil baissait vers l'horizon, inondant de clart les plaines verdoyantes,
  taches de place en place par l'or des colzas en fleur, et par le sang des
  coquelicots. Une quitude infinie planait sur la terre tranquille o germaient
  les sves. La carriole allait grand train, le paysan claquant de la langue
  pour exciter son cheval.
Et Jeanne regardait droit devant elle en l'air, dans
le ciel que coupait, comme des fuses, le vol cintr des hirondelles. Et
  soudain une tideur douce, une chaleur de vie traversant ses robes, gagna ses
  jambes, pntra sa chair ; c'tait la chaleur du petit tre qui dormait sur
  ses genoux.
Alors une motion infinie l'envahit. Elle dcouvrit brusquement la
figure de l'enfant qu'elle n'avait pas encore vue : la fille de son fils. Et
  comme la frle crature, frappe par la lumire vive, ouvrait ses yeux bleus
  en remuant la bouche, Jeanne se mit l'embrasser furieusement, la soulevant dans ses bras, la criblant de baisers.
Mais Rosalie, contente et bourrue, l'arrta : Voyons, voyons, madame Jeanne, finissez ; vous allez la faire crier,
Puis elle ajouta, rpondant sans doute sa propre pense : La vie, voyez-vous, a n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit.

Texte
          B – Emile Zola (1840-1902), Germinal, septime partie, chapitre VI (1885).

(Etienne Lantier a t l'un
  des principaux artisans de la rvolte et de la grve des mineurs fatigus de
  la misre, de l'exploitation et de la souffrance. Mais le mouvement a chou
  et la rpression a eu raison des revendications ouvrires : le hros est
  oblig de quitter le bassin minier.)

Mais Etienne, quittant le chemin de Vandame, dbouchait sur le pav. A droite, il apercevait Montsou qui dvalait et se perdait. En face, il avait les dcombres du Voreux, le trou maudit que trois pompes puisaient sans relche. Puis, c'taient les autres fosses l'horizon, la Victoire, Saint-Thomas, Feutry-Cantel ; tandis que, vers le nord, les tours leves des hauts fourneaux et les batteries des fours coke fumaient dans l'air transparent du matin. S'il voulait ne pas manquer le train de huit heures, il devait se hter, car il avait encore six kilomtres faire.
Et sous ses pieds, les coups profonds, les coups obstins des rivelaines1 continuaient. Les camarades taient tous l, il les entendait chaque enjambe.
N'tait-ce pas la Maheude, sous cette pice de betteraves, l'chine casse, dont le souffle montait si rauque, accompagn par le ronflement du ventilateur ?
gauche, droite, plus loin, il croyait en reconnatre d'autres, sous les bls, les haies vives, les jeunes arbres. Maintenant, en plein ciel, le soleil d'avril rayonnait dans sa gloire, chauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons
crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la pousse des herbes. De toutes parts, des graines se gonflaient, s'allongeaient, geraient la plaine, travailles d'un besoin de chaleur et de lumire. Un dbordement de sve coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s'pandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus en plus distinctement, comme s'ils se fussent rapprochs du sol, les
camarades tapaient. Aux rayons enflamms de l'astre, par cette matine de jeunesse, c'tait de cette rumeur que la campagne tait grosse. Des hommes poussaient, une arme noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les rcoltes du sicle futur, et dont la germination allait faire bientt clater la terre.

1. rivelaine : pic de mineur.

Texte C – Jean Giono (1895-1970), Regain, deuxime partie (1930).

(Le village abandonn et son dernier habitant sont presque revenus l'tat sauvage ; mais Panturle, en fondant une famille avec sa compagne qui attend un enfant et en reprenant son activit d'agriculteur, va faire renatre le bonheur et la civilisation paysanne.)

Maintenant Panturle est seul.
Il a dit :

Fille, soigne-toi bien, va doucement ; j'irai te chercher l'eau, le soir, maintenant. On a bien du contentement ensemble. Ne gtons pas le fruit. Puis il a commenc faire ses grands pas de montagnard.
Il marche.
Il est tout embaum de sa joie.
Il a des chansons qui sont l, entasses dans sa gorge presser ses dents. Et il serre les lvres.
C'est une joie dont il veut mcher toute l'odeur et saliver longtemps le jus comme un mouton qui mange la saladelle
du soir sur les collines. Il va, comme a, jusqu'au moment o le beau
silence s'est paissi en lui et autour de lui comme un pr.
Il est
devant ses champs. Il s'est arrt devant eux. Il se baisse. Il prend une
poigne de cette terre grasse, pleine d'air et qui porte la graine. Il est
une terre de beaucoup de bonne volont.
Il en tte, entre ses
doigts, toute la bonne volont.

Alors, tout d'un coup, l, debout,
il a appris la grande victoire.
Il lui a pass devant les yeux, l'image de
la terre ancienne, renfrogne et poilue avec ses aigres gents et ses herbes
en couteau. Il a connu d'un coup, cette lande terrible qu'il tait, lui,
large ouvert au grand vent enrag, toutes ces choses qu'on ne peut pas
combattre sans l'aide de la vie.
Il est debout devant ses champs.
Il a ses grands pantalons de velours brun, ctes ; il semble vtu avec un
morceau de ses labours. Les bras le long du corps, il ne bouge pas. Il a gagn : c'est fini.
Il est solidement enfonc dans la terre comme une colonne.

Texte D – Andr Malraux (1901-1976), La Condition humaine, septime partie (1933).

(Kyo, jeune rvolutionnaire communiste responsable d'un groupe de combat charg de prendre le pouvoir Shanga
  en 1927, a t arrt et excut. Sa femme May et son pre Gisors, amateur
  d'opium, se retrouvent aprs sa mort.)

Vous fumez beaucoup ? rpta-t-elle.
Elle l'avait demand dj, mais il ne l'avait pas entendue. Le regard de Gisors revint dans sa chambre :

Croyez-vous que je ne devine pas ce que vous pensez, et croyez-vous que je ne le sache pas mieux que vous ? Croyez-vous mme qu'il ne me serait pas facile
de vous demander de quel droit vous me jugez ?
Le regard s'arrta droit sur elle :
N'avez-vous aucun dsir d'enfant ?
Elle ne rpondit pas : ce dsir toujours passionn lui semblait maintenant une trahison. Mas elle contemplait avec pouvante ce visage serein. Il lui revenait en vrit du fond de la mort, tranger comme l'un des cadavres des fosses communes. Dans la rpression abattue sur la Chine puise, dans l'angoisse ou l'espoir de la foule, l'action de Kyo
demeurait incruste comme les inscriptions des empires primitifs dans les
gorges des fleuves. Mais mme la vieille Chine que ces quelques hommes avaient jete sans retour aux tnbres avec un grondement d'avalanche n'tait pas plus efface du monde que le sens de la vie de Kyo du visage de son pre. Il reprit :
La seule chose que j'aimais m'a t arrache, n'est-ce pas, et
vous voulez que je reste le mme. Croyez-vous que mon amour n'ait pas valu
le vtre, vous dont la vie n'a mme pas chang ?
Comme ne change pas le corps d'un vivant qui devient un mort…

Il lui prit la main :

Vous connaissez la phrase : II faut neuf mois pour faire un homme, et un seul jour pour
le tuer . Nous l'avons su autant qu'on peut le savoir l'un et l'autre… May,
coutez : il ne faut pas neuf mois, il faut soixante ans pour faire un
homme, soixante ans de sacrifices, de volont, de… de tant de choses ! Et
quand cet homme est fait, quand il n'y a plus en lui rien de l'enfance, ni
de l'adolescence, quand vraiment il est un homme, il n'est plus bon qu'
mourir.
Elle le regardait atterre ; lui regardait de nouveau dans les
nuages :
J'ai aim Kyo comme peu d'hommes aiment leurs enfants, vous savez…
Il tenait toujours sa main : il l'amena lui, la prit entre les siennes :

Écoutez-moi ; il faut aimer les vivants et non les morts.
Je ne vais pas l-bas pour aimer.
Il contemplait la baie magnifique, sature de soleil. Elle avait retir sa main.

Sur le chemin de la vengeance, ma petite May, on rencontre la vie…
Ce n'est pas une raison pour l'appeler.
Elle se leva, lui rendit sa main en signe d'adieu. Mais il lui prit le visage entre les paumes et l'embrassa. Kyo l'avait embrasse ainsi, le dernier jour, exactement ainsi, et jamais depuis, des mains n'avaient pris sa tte.
Je ne pleure plus gure maintenant, dit-elle avec un orgueil amer.

Texte E – Albert Camus (1913-1960), La Peste, cinquime partie, chapitre 5 (1947).

(La peste a ravag la
ville d'Oran pendant presque un an, faisant des milliers de morts ; vouloir
  sans cesse soulager la souffrance des hommes, le docteur Rieux a lutt de
  toutes ses forces contre l'pidmie, qui parat dsormais s'loigner, ce qui
  donne lieu de grandes rjouissances dans la cit.)

Mais cette nuit tait celle de la dlivrance, et non de la rvolte. Au loin, un noir rougeoiement indiquait l'emplacement des boulevards et des places illumins. Dans la nuit maintenant libre, le dsir devenait sans entraves et c'tait son grondement qui parvenait jusqu' Rieux.
Du port obscur montrent les premires fuses des rjouissances officielles. le
ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard, Tarrou, ceux et celles que Rieux
avait aims et perdus, tous, morts ou coupables, taient oublis. Le vieux
avait raison, les hommes taient toujours les mmes. Mais c'tait leur force
et leur innocence et c'est ici que, par-dessus toute douleur, Rieux sentait
qu'il les rejoignait.  Au milieu des cris qui redoublaient de force et
de dure, qui se rpercutaient longuement jusqu'au pied de la terrasse,
mesure que les gerbes multicolores s'levaient plus nombreuses dans le ciel,
le docteur Rieux dcida alors de rdiger le rcit qui s'achve ici, pour ne
pas tre de ceux qui se taisent, pour tmoigner en faveur de ces pestifrs,
pour laisser du moins un souvenir de l'injustice et de la violence qui leur
avaient t faites, et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des
flaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses admirer que de choses
mpriser.
Mais il savait cependant que cette chronique ne pouvait pas tre
celle de la victoire dfinitive. Elle ne pouvait tre que le tmoignage de
ce qu'il avait fallu accomplir et que, sans doute, devraient accomplir
encore, contre la terreur et son arme inlassable, malgr leurs dchirements
personnels, tous les hommes qui, ne pouvant tre des saints et refusant
d'admettre les flaux, s'efforcent cependant d'tre des mdecins.
Ecoutant,
en effet, les cris d'allgresse qui montaient de la ville, Rieux se
souvenait que cette allgresse tait toujours menace. Car il savait ce que
cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le
bacille de la peste ne meurt ni ne disparat jamais, qu'il peut rester
endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les
chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que,
peut-tre, le jour viendrait o, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste rveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cit heureuse.

I- Après avoir lu tous les
textes du corpus, vous répondrez d'abord â la question
      suivante (4 points) :

Quelle conception de la vie chacune de ces fins de roman vous parat-elle transmettre ? Quels rapprochements peut-on faire entre ces textes ?

II- Vous traiterez ensuite,
      au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

  • Commentaire
    Vous ferez le commentaire du texte de Jean Giono (texte C).
  • Dissertation
    Le but d'une dernire page de roman est-il uniquement de donner un
    dnouement l'histoire ?
    Vous rpondrez dans un dveloppement
    organis, en vous appuyant sur les textes du corpus, les uvres tudies
    en classe et vos lectures personnelles.
  • Invention
    Les textes du corpus livrent la mditation finale d'un personnage sur ce qu'il a vcu. Vous dcidez de rcrire la dernire page d'un roman que vous avez apprci et/ou tudi. Aprs en avoir rappel en quelques lignes le titre et l'essentiel du dnouement, vous imaginez la mditation du personnage principal qui revient sur l'ensemble de son itinraire.


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CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIES TECHNOLOGIQUES

Object
                d'étude :
Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde.
Corpus
:

Texte 1 :
Honor de Balzac,
Une Tnbreuse affaire, chapitre 1, 1841.

Texte 2 : Georges Simenon,
Les Fantmes du chapelier, chapitre I, 1948.
Texte 3 : Pierre Magnan, Le Commissaire dans la truffire, chapitre I, 1978.

Texte
          1 : Honor de Balzac,
Une Tnbreuse affaire, chapitre 1, 1841.

(Le rcit s'ouvre sous le premier Empire, du temps de Napolon
Bonaparte. La police de l'Empire surveille les vastes forts de Lorraine o
se cachent des conspirateurs de familles nobles qui n'acceptent pas le
pouvoir de Bonaparte. Michu administre le domaine d'une de ces familles.)

Chapitre
Premier : Les chagrins de la police.

L'AUTOMNE de l'anne 1803 fut un des
plus beaux de la premire priode de ce sicle que nous nommons l'Empire. Dans
octobre, quelques pluies avaient rafrachi les prs, les arbres taient
encore verts et feuills au milieu du mois de novembre. Aussi le peuple
commenait-il tablir entre le ciel et Bonaparte, alors dclar consul
vie, une entente laquelle cet homme a d l'un de ses prestiges ; et, chose
trange ! le jour o, en 1812, le soleil lui manqua, ses prosprits
cessrent. Le 15 novembre de cette anne, vers quatre heures du soir, le
soleil jetait comme une poussire rouge sur les cimes centenaires de quatre
ranges d'ormes d'une longue avenue seigneuriale ; il faisait briller le
sable et les touffes d'herbes d'un de ces immenses ronds-points qui se
trouvent dans les campagnes o la terre fut jadis assez peu coteuse
pour tre sacrifie l'ornement. L'air tait si pur, l'atmosphre tait si
douce, qu'une famille prenait alors le frais comme en t. Un homme vtu
d'une veste de chasse en coutil vert, boutons verts et d'une culotte de
mme toffe, chauss de souliers semelles minces, et qui avait des gutres
de coutil montant jusqu'au genou, nettoyait une carabine avec le soin que
mettent cette occupation les chasseurs adroits, dans leurs moments
de loisir. Cet homme n'avait ni carnier, ni gibier, enfin aucun des agrs
qui annoncent ou le dpart ou le retour de la chasse, et deux femmes,
assises auprs de lui, le regardaient et paraissaient en proie une terreur
mal dguise. Quiconque et pu contempler cette scne, cach dans un
buisson, aurait sans doute frmi comme frmissaient la vieille belle-mre et
la femme de cet homme. Evidemment un chasseur ne prend pas de si minutieuses prcautions pour tuer le gibier, et n'emploie pas, dans le
dpartement de l'Aube, une lourde carabine raye.
Tu veux tuer des
chevreuils, Michu ? lui dit sa belle jeune femme en tchant de prendre un
air riant.
Avant de rpondre, Michu examina son chien qui, couch au soleil,
les pattes en avant, le museau sur les pattes, dans la charmante
attitude des chiens de chasse, venait de lever la tte et flairait
alternativement en avant de lui dans l'avenue d'un quart de lieue de
longueur et vers un chemin de traverse qui dbouchait gauche dans le
rond-point.
Non, rpondit Michu, mais un monstre que je ne veux pas
manquer, un loup cervier1. Le chien, un magnifique pagneul, robe blanche
tachete de brun, grogna. Bon, dit Michu en se parlant lui-mme,
des espions ! le pays en fourmille.
Mme Michu leva
douloureusement les yeux au ciel. Belle blonde aux yeux bleus, faite comme
une statue antique, pensive et recueillie, elle paraissait tre dvore par
un chagrin noir et amer.

1. loup cervier : lynx.

Texte 2 : Georges Simenon,
Les Fantmes du chapelier, chapitre I, 1948.

(En vingt jours, cinq vieilles femmes ont t assassines, la nuit,
dans les rues anciennes de La Rochelle.)

On tait le 3 dcembre et il
pleuvait toujours. Le chiffre 3 se dtachait, norme, trs noir, avec une
sorte de gros ventre, sur le blanc cru du calendrier fix la droite de la
caisse, contre la cloison en chne sombre sparant le magasin de l'talage.
Il y avait exactement vingt jours, puisque cela avait eu lieu le 13 novembre
– encore un 3 obse sur le calendrier – que la premire vieille femme
avait t assassine, prs de l'glise Saint-Sauveur, quelques pas du
canal.
Or, il pleuvait depuis le 13 novembre. On pouvait dire que, depuis
vingt jours, il pleuvait sans interruption.
C'tait le plus souvent une
longue pluie crpitante et, quand on courait la ville, en rasant les
maisons, on entendait l'eau couler dans les gouttires ; on choisissait les
rues arcades, pour tre un moment l'abri ; on changeait de souliers
en rentrant chez soi ; dans tous les foyers, des pardessus, des chapeaux
schaient prs du pole, et ceux qui manquaient de vtements de rechange
vivaient dans une perptuelle humidit froide.
Il faisait noir
bien avant quatre heures et certaines fentres taient claires du matin au soir.

Il tait quatre heures quand, comme chaque aprs-midi, M. Labb avait quitt
l'arrire-magasin o des ttes de bois de toutes tailles taient ranges
sur les tagres. Il avait gravi l'escalier en colimaon, dans le fond de
la chapellerie1. Sur le palier, il avait marqu un temps d'arrt, tir
une clef de sa poche, ouvert la porte de la chambre pour faire de la
lumire.
Est-ce qu'avant de tourner le commutateur il avait march
jusqu' la fentre, dont les rideaux en guipure, trs pais, poussireux,
taient toujours clos ? Probablement, car il baissait habituellement le
store avant d'allumer. A ce moment, il avait pu voir en face, quelques
mtres de lui peine, Kachoudas, le tailleur, dans son atelier. C'tait
tellement prs, la tranche de la rue tait si troite qu'on avait
l'impression de vivre dans la mme maison.
L'atelier de Kachoudas, situ
au premier tage, au-dessus de sa boutique, n'avait pas de rideaux. le
moindres dtails de la pice se dessinaient comme sur une gravure au burin,
les fleurs de la tapisserie, les taches de mouches sur la glace, le morceau
de craie plate et grasse qui pendait une ficelle, les patrons en papier
brun accrochs au mur, et Kachoudas, assis sur sa table, les jambes replies
sous lui, avec, porte de la main, une ampoule lectrique sans abat-jour
qu'il rapprochait de son ouvrage l'aide d'un fil de fer. La porte du fond,
qui donnait dans la cuisine, tait toujours entrouverte, pas assez, la
plupart du temps, pour qu'on voie l'intrieur de la pice. On devinait
nanmoins la prsence de Mme Kachoudas, car, de temps
en temps, les lvres de son mari remuaient. Ils se parlaient, d'une
chambre l'autre, en travaillant.
M. Labb avait parl aussi ;
Valentin, son commis, qui se tenait dans le magasin, avait entendu un
murmure de voix, des pas au-dessus de sa tte. Puis il avait vu redescendre
le chapelier, d'abord les pieds finement chausss, le pantalon, le veston,
enfin le visage un peu mou, toujours grave, mais sans excs, sans
svrit, le visage d'un homme qui se suffit lui-mme, qui n'prouve
pas le besoin de s'extrioriser.

Avant de sortir, ce jour-l, M. Labb
avait encore pass deux chapeaux la vapeur, dont le chapeau gris du maire,
et, pendant ce temps, on entendait la pluie dans la rue, l'eau qui dvalait
dans la gouttire et le lger sifflement du pole gaz dans le magasin.
II y faisait toujours trop chaud. Ds qu'il arrivait le matin,
Valentin, le commis, avait le sang la tte, et l'aprs-midi sa tte
devenait lourde ; il voyait parfois ses yeux brillants, comme fivreux,
dans les glaces fixes entre les rayons.
M. Labb ne parla pas plus que
les autres jours. Il pouvait rester des heures avec son employ sans rien
say.
II y avait encore, autour d'eux, le bruit du balancier de
l'horloge, et un dclic chaque quart d'heure. Aux heures et aux demies,
le mcanisme se dclenchait mais, aprs un effort impuissant, s'arrtait
net : sans doute l'horloge comportait-elle l'origine un carillon qui
s'tait dtraqu.

1. chapellerie : magasin de chapeaux.

Texte
3
: Pierre Magnan, Le Commissaire dans la truffire,
  chapitre 1, 1978.

(Grce
   sa prcieuse truie Roseline, habile dcouvrir des truffes qui se vendent
  trs cher au moment de Nol, Alyre Morelon est un paysan heureux du village de
  Banon, en Provence. Roseline vient de trouver une truffe de belle qualit, ce
  qui remplit Alyre d'allgresse.)

Il s'agenouilla contre elle, embrassa la
  truie deux reprises sur ses grosses joues soyeuses et elle tait tellement
  contente de lui faire ce plaisir qu'elle le bouscula d'un coup de train et ils
  roulrent tous deux enlacs, en un concert de rires et de grognements, sur la
  bndiction de ce sol grumeleux, moiti air moiti terre, qui tait leur mine
  d'or. Fan de garce1, Roseline ! Fais un peu attention, tu m'crases !

II se releva et empoigna le panier. L'air sentait, au loin, la soupe chaude.
  C'tait l'heure. Des fumes descendaient du village, qui invitaient au retour.
L'un suivant l'autre, ils regagnrent la lisire du bois de chnes. le
route blanche et dserte montait vers Banon.
Attends, Roseline, que je te
  remette quand mme ton collier, cause des voitures…
En ralit, ce
  collier, c'tait une faveur2 ros qui enrubannait autrefois la grosse cloche
  en chocolat qu'Alyre avait offerte son fils lorsque celui-ci avait huit ans.
  Et ce fils, comme Alyre, adorait Roseline qui lui gagnait la moiti, au moins,
  de ses tudes Paris. Un jour, dans sa chambre, dtachant du cadre du miroir
  cette faveur o les mouches depuis longtemps s'battaient, il avait dit
  son pre : Tiens, tu la lui passeras autour du cou… En attendant que je la
  revoie.
Ce collier, reli une mchante ficelle, c'tait
  pour la forme, car Roseline, consciente probablement de sa valeur marchande,
  ne divaguait jamais hors du bas-ct de la route.
Jamais… Pourtant,
  depuis l't dernier tout de mme, a lui arrivait bien quelquefois, soudain, de se jeter travers les chnes ou de foncer droit sous le couvert
  des lauriers. Et justement ce soir-l…
Roseline ! Tu es folle !
  What are you doing ?
Elle venait, d'une brusque secousse, de
lui arracher la ficelle des mains. Elle fuyait l-bas, vers cet amas de
bronze liquide qui miroitait sous le vent du soir, en cliquetant comme les lances
  d'une arme en marche. C'est un gros bosquet de lauriers. Ils avaient gel en
563. Les uns taient repartis du pied ; les autres sur les branches mortes.
  Toutes ces repousses, raides comme des balais, montent droit au ciel, pique
  contre pique, agitant les funbres grelots de leurs fruits nocifs.
Alyre
  rattrapa Roseline la lisire. Il s'y arrta une seconde.
Comme chaque
  fois qu'il s'attardait l'ore de cette laurire, il lui paraissait que l'air
  charroyait quelque bizarrerie nouvelle. Il lui sembla aussi qu'au plus profond
  du bois, une grosse voiture sombre tait embusque. Que faisait-elle l hors
  de tout chemin passant ? Mais s'il fallait se formaliser de tout !…

Ils se remirent en route, l'un tirant l'autre, maugrant tous les deux. Alyre
reprit sa rcolte sur le talus aux herbes sches.
Pour dissiper la
  dsagrable impression qui avait branl son optimisme, devant le mur des
  lauriers, il haussa son panier, pour en humer le parfum. Il dterrait des
  truffes depuis plus de quarante ans et jamais il ne s'tait rassasi de cet
  arme.

1 – fan de garce : ce juron populaire provenal est ici
  affectueux.
2 – faveur : mot ancien qui dsigne un ruban.
3 – 56 : 1956.

I. Vous répondrez d'abord
aux questions suivantes (6 points) :

  1. Les trois textes sont des dbuts de romans
    policiers. Analysez comment les auteurs jouent de l'incertitude du lecteur
    dans la prsentation des personnages. (4 points)
  2. Montrez que le texte 3 se distingue par un ton particulier qui permet au narrateur d'allger l'atmosphre de son rcit. (2 points)

II. Vous traiterez un de ces sujets
au choix (14 points) :

  • Commentaire
    Vous commenterez l'ouverture du roman le
    Fantmes du chapelier
    de Georges Simenon (depuis le dbut jusqu'
    "le
    besoin de s'extrioriser"
    () en vous aidant du parcours de lecture suivant :
    – vous montrerez
    comment le narrateur installe une atmosphre angoissante autour de la
    boutique du chapelier ;
    – vous montrerez que le climat ainsi cr nous
    prpare reprer des lments troublants dans le comportement du
            personnage principal.
  • Dissertation
    Romans policiers, romans criminels : comment expliquez-vous que tant de
    lecteurs prennent plaisir ce genre de rcits o rgnent pourtant par
    convention le mal, la violence et la mort ?
    Vous rpondrez cette
    question de faon organise et argumente en vous rfrant des exemples
    prcis tirs des textes du corpus, d'uvres tudies en classe et de vos
    lectures personnelles.
  • Invention
    Un ami vous reproche votre got pour les
    romans policiers qui, selon lui, reproduisent les mmes schmas : il y
    retrouve toujours un criminel insaisissable, un enquteur obstin et
    finalement victorieux, quelques fausses pistes pour faire durer
    artificiellement le suspense, une solution spectaculaire, un style
    banal…
    En vous fondant sur les extraits proposs et sur les uvres
    que vous avez pu tudier ou lire, vous rdigerez un dialogue anim o vos
    arguments logieux l'gard de la littrature policire s'opposeront aux
    blmes de votre interlocuteur.
    Vous ne signerez pas votre texte
    .

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